YouTube publie ses chiffres annuels avec Médiamétrie. Cette alliance est un moyen pour le réseau social de se positionner comme un média traditionnel et trouver une certaine légitimité.

Il faut savoir bien s’entourer. Il y a plus d’un mois, YouTube sortait pour la deuxième année consécutive ses chiffres d’audience avec Médiamétrie, l’institut de sondage historique des médias traditionnels (Radio, télévision). Ce sondage mettait en avant le comportement des internautes sur la chaîne : de juillet 2019 à juillet 2020, 40 millions de Français ont regardé une vidéo YouTube et y ont passé en moyenne 23 minute par jour. 92% des 18-34 ans ont regardé une vidéo passant en moyenne 50 minutes sur la plateforme.

Mais ces chiffres ne sont pas de la plus haute importance. L’intérêt ici est de remarquer que cette étude a été réalisée conjointement avec Médiamétrie. Cette association est symbolique. L’objectif est de montrer que le réseau social s’affiche comme un média au même titre que TF1 et consorts. En soi, YouTube n’a pas besoin d’un institut de sondage pour avoir de la data sur la fréquentation du site : elle a Google analytics à portée de main. De plus, elle vient de mettre en place le Reach Planner qui permet à chaque créateur de chaîne de disposer de son propre outil de mesure d’audience.

Un algorithme qui favorise le visionnage

Ritualiser un sondage annuel est une manière de rentrer dans la cour des grands et de se positionner en France comme un média hybride entre réseau social et Netflix. Un pur média passif, mais qui profite des conversations sur le web pour optimiser son algorithme, avec le même objectif que la télévision : garder le plus longtemps possible les spectateurs sur la « chaîne ».

Faites qu’ils zappent, sans qu’ils zappent vraiment, en se laissant entraîner par les recommandations. L’algorithme de YouTube nous connaît très bien : il connaît nos fréquentations. Regroupées ensemble, ces informations permettent la création de sa propre chaîne que l’on regardera en boucle. Il n’existe pas de recettes miracles qui nous permettrait de déjouer l’algorithme. Celui-ci change à peu près tout le temps.

L’algorithme est critiqué parce qu’il ne cherche pas à valoriser les contenus de qualité, mais ceux qui provoquent le plus de viralité. Si le sujet est nouveau et original, les vidéos suscitent beaucoup de vues et leur visibilité augmente. L’algorithme les modélise et valorise les contenus qui ont le même impact ce qui provoque nivellement et standardisation.

C’est une critique à la fois très juste, mais bien à relativiser au regard de l’histoire des médias. Si l’on enlève le terme d’« algorithme » et de « YouTube », le nivellement et la standardisation provoqués par ce média pourraient très bien être associés à la radio puis à la télévision. La recommandation, bien qu’elle n’était pas aussi intuitive, existait de la même manière quand il s’agissait des programmes télévisés. L’objectif d’un média est bien de connaître au mieux le consommateur dans l’objectif de vendre de l’espace publicitaire. Il n’a pas changé depuis la fin des années 60.

YouTube, une imitation d’un média mainstream

YouTube serait en réalité un réseau social mimétique des médias traditionnels. Son positionnement marketing serait le même. TikTok prend d’ailleurs le même chemin. Contrairement à ce que l’on pense, le réseau social se passe bien de ses commentaires, de ses likes et de ses dislikes pour privilégier le nombre de vues, la fréquence de mise en ligne, la durée de visionnage, la fidélisation des utilisateurs, les clics par impression… L’algorithme veut façonner un spectateur au sens classique du terme, capté par le spectacle d’un écran dont il ne se détache pas, plutôt que cherchant l’interaction sociale.

En s’affichant avec Médiamétrie, YouTube veut se détacher de son statut de réseau social entaché par les récits alternatifs, la conversation et ce qu’on appelle aussi les phénomènes fake new et théorie du complot. YouTube veut être un média propre, « mainstream », reconnu d’entre ses pairs, qu’on puisse faire regarder aux enfants sans avoir peur des contenus qui s’y présentent.