La start-up assurantielle Alan est en difficulté économique, malgré une santé apparemment insolente. La success story des entreprises disruptives des années 2010 semble disparaître.

Et si c’était la fin de l’économie des plateformes ? Immiscée après 2008 pour surseoir à la crise, il s’agissait de faire de l’innovation numérique le nouveau terrain d’investissement boursier. C’est ainsi que nous avons vu prospérer de nombreuses start-up dans le courant des années 2010 comme Uber, Netflix, Blablacar, dont certaines sont devenues des licornes, c’est-à-dire dont la valorisation boursière a dépassé les 1 milliards d’euros. Mais la côte au Cac 40 ne signifie pas forcément un bon chiffre d’affaire réel. Certaines d’entre elles ne parviennent pas, malgré tout, à être rentables. Il semble que la crise de la Covid 19 ait eu raison de cette fragilité.

Si les Gafam et les licornes ont désormais les épaules suffisamment solides, la plupart des start-ups ne sortiront pas indemnes de l’épidémie. L’exemple d’Alan le montre aisément. Lancée fin 2016, cette assurtech (start-up spécialisée dans le secteur assurantiel) passe le cap des 60 millions d’euros de chiffre d’affaire. Plus souple, très à l’aise avec le big data, elle concurrence les agences d’assurance traditionnelles grâce à la dématérialisation complète de son offre de santé. Malgré de nouveaux clients, « des milliers de membres » , des nouveaux salariés – 300, prévoit-elle d’ici la fin de l’année –, des dépenses de santé dérisoires pendant le confinement, l’entreprise peine à s’en sortir financièrement. C’est le paradoxe disruptif : une croissance exponentielle alors qu’on ne tient pas le cap financier. Les conséquences économiques de la crise qui malmèneront sans doute les entreprises d’ici le mois de novembre n’épargneront pas les plus fragiles, certainement beaucoup de start-up.

Ces entreprises affichent une excellente santé au coeur même des difficultés. À l’aise dans la communication digitale, elles manient parfaitement le storytelling d’entreprise ou le personal branding. Jeff Bezos, alors qu’Amazon rencontrait de nombreux problèmes de livraison, évoquait sa valeur patrimoniale la plus élevée au monde (qu’on estime à 113 milliards d’euros et qu’il faut comparer aux maigres trois milliards d’euros de bénéfices de l’entreprise en 2018). La communication a un rôle majeur dans leur survie. Car elles ne tiennent leur existence que sur leur capitalisation.

Alors que l’économie des années 2010 était consacrée aux plateformes, il semble que la décennie 2020 prenne une toute autre direction.