A travers les travaux de Pierre-Yves Gomez et Gilles Babinet s’ouvrent deux visions antinomiques de l’économie numérique qui révèlent sans doute une nouvelle manière de la penser à l’orée de la nouvelle décennie.

Gilles Babinet, un apostolat national pour la conversion digitale des entreprises françaises

Gilles Babinet lors d’une conférence sur les paradigmes économiques à l’ère du numérique.

Gilles Babinet est le digital champion de la France auprès de la commission européenne. Il a été président du Conseil national du numérique (il occupe désormais le poste de vice-président). Il est l’auteur d’un livre Transformation digitale : l’avènement des plateformes (Ed. Le Passeur, 2019) qui met en avant l’extraordinaire ascension du phénomène numérique dans l’économie mondiale. Ce livre est plein de ressources pour qui veut bien rentrer dans cette logique disruptive du marché contemporain. Il rappelle qu’en 2016, les GAFAM affichaient une valorisation de 1 740 milliards de dollars, « soit plus que les PIB de l’Espagne et du Portugal réunis, et bien au-delà de la valeur de l’ensemble du CAC 40 ». C’est sans compter les NATU (Netflix, Airbnb, Tesla, Uber) dont la valeur atteint 140 milliards de dollars, ou les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) qui atteignent pour leur part 500 milliards de dollars. Toutes ces entreprises ont été très récemment créées. Il ne faut pas oublier la Fintech et l’Assurtech (start-up issues du monde de la finance et de l’assurance). Reprenant Salim Ismail, il considère que les entreprises qui « adoptent le paradigme digital s’avèrent étonnamment plus véloces que les autres ».

Pour lui, l’évolution n’a pas seulement lieu dans le rapport entre la marque et les clients, c’est « la nature même du mode de consommation qui évolue ». Ce qui change, c’est la capacité de ces nouveaux entrants à « offrir des services à très forte valeur ajoutée, souvent gratuitement aussi, en faisant fi des acteurs traditionnels ». Il reprend pour lui la fameuse formule : « La data est le pétrole du XXIe siècle. » Le marché du travail est bouleversé par le cloud. L’innovation numérique pourrait être le vecteur d’une nouvelle écologie, reprenant par-là les propos de Jérémy Rifkin.

L’ère numérique offre deux possibilités inédites aux entreprises :

  • L’accès massif aux connaissances et technologies numériques
  • La capacité de réunir facilement des innovateurs du monde entier.

La transparence doit servir de modèle désormais aux organisations : « Les États, au premier titre desquels les pays scandinaves, ont mis en place d’importantes politiques d’open data visant à rendre les institutions publiques également plus transparentes ».

Enfin, trois dynamiques structurent la Révolution digitale :

  • La multitude (nous sommes des centaines de millions à utiliser Internet)
  • La loi de Moore (la puissance des microprocesseurs croît fortement et régulièrement depuis plus de 40 ans).
  • L’algorithmie et le big data

Tout laisse à penser à travers ce discours que les éléments convergent vers un nouveau paradigme économique qui changerait définitivement la face des entreprises. Mais ce n’est pas sans certains auteurs qui prennent l’exact contrepied de ces propos et dont la légitimité ne saurait être contestée.

Un revirement récent du discours sur la révolution numérique

Depuis le début des années 2010, le discours en faveur de la disruption numérique dans le monde entrepreneurial était hégémonique. C’était bien le discours d’accompagnement en faveur d’une économie nouvelle fondée sur l’innovation. L’idée était bien de faire valoir l’innovation dans le process d’action des entreprises, et que le produit devait être innovant quelle que soit la réalité du marché. La promesse de son succès était la garantie des investissements. Cependant, ce discours rencontre aujourd’hui des limites, nombreux sont ceux qui lui apportent une contradiction.