Logo de Thinkerview sur You tube

La chaîne YouTube Thinkerview fait aujourd’hui près de 500 000 abonnés alors qu’elle propose un format vidéo long, longtemps négligé par le vieux média télévisé. Depuis plus de cinq ans, le succès ne se dément pas et va croissant, preuve d’une nouvelle manière de concevoir l’entretien journalistique. Analyse.

Voir partie I

I- Thinkerview, un format paradoxalement révolutionnaire

Lire la suite >>>

II- Thinkerview, un traitement de l’actualité libertaire et éclectique

Thinkerview est un média alternatif, traitant des sujets d’ordre économique, internationale, numérique, écologique… Grâce au format, le sujet est largement traité, mais l’interviewé parle aussi de lui-même, de ses opinions générales, en dehors de ses domaines de prédilection. Le sujet est suffisamment intemporel pour que la vidéo puisse être visionnée sur le long terme, d’où la moyenne des 500 000 vues qui contraste avec le nombre de vues au moment du direct avoisinant autour de 5 à 10 000 vues. Puis celles-ci s’accumulent parce que les téléspectateurs ne regardent pas l’émission en une seule fois et peuvent de nouveau la visionner tant les informations données sont nombreuses. Les sujets politiques français ne sont pas abordés : même les rares invités politiques, Jean-Luc Mélenchon, Arnaud Montebourg ne traitent pas de politique interne et se focalisent plus sur la politique extérieure ou sur l’économie. Pas de cocorico donc, public de geeks oblige, mieux affairé à traiter les problèmes du monde qu’à côté de chez soi. « Interviews et perspectives déformatées dans un monde aux informations caviardées », voilà le title explicite de Thinkerview dont l’objectif serait donc de déformater des médias élitaires grâce au genre entretiens dans un cadre d’information globale.

Le choix des invités

C’est sans doute la spécificité la plus déroutante du média où l’on revoit bien la méthodologie de Taddéï, dont les fondateurs de Thinkerview s’inspirent très fortement : on trouve toutes sortes d’invités, aux extrêmes de l’échiquier, sans l’indice réel d’un positionnement. On y trouve Joseph Stiglitz, nobel d’économie, Juan Branco, avocat écrivain proche de la France Insoumise, Laurent Obertone, journaliste écrivain, auteur de La France Orange Mécanique, réputé d’extrême droite. Et au milieu, une brebis galeuse, un prêtre jésuite, le P. Gaël Giraud, travaillant dans la finance internationale depuis de nombreuses années. Personne n’est épargnée, au fond ils le sont tous, tant les questions posées et le temps de réponse laissent le soin de se défendre aisément. Le point commun de tous ces invités est leur intelligence, leur savoir et leur pugnacité. Ils sont tous extrêmement brillants. Leur libertarisme affiché est l’une des raisons de ce positionnement : toute personne, même la pire, a le droit à un temps médiatique de parole. Certains les accusent de complicité. Mais la question n’est pas là. Autant, Taddéï mettait ses invités contradictoires en débat, sans chercher à imposer une victoire, autant Thinkerview trouble notre vision traditionnelle de la politique, en brouillant totalement la dichotomie droite/gauche. Ainsi de Juan Branco, de Laurent Obertone, on ne sait plus trop à quel clivage ils appartiennent, parce que cela importe peu à la cible.

Juan Branco sur THinkerview

Juan Branco, avocat, défenseur de wikileaks et des gilets jaunes, sur la chaîne Thinkerview

Des geeks qui tendent à convaincre la foule

Oserait-on parler de cible à des libertaires qui doivent conspuer toute notion de marketing ? Ils n’ont certainement pas fixé de ligne éditoriale en fonction d’un potentiel audimat, mais plutôt en fonction de principes et d’idéaux politiques. Cependant, il existe une communauté de geeks qui a en premier lieu bénéficié des premières interviews. C’est le cœur de cible, la plus active, celle qui poste le plus de questions, qui sera le fil conducteur de l’entretien. La cible secondaire, beaucoup plus large, est arrivée progressivement, beaucoup plus éclectique, surtout d’un point de vue socio-culturel, certaine cependant que l’on assiste en ces temps troublés à un changement de paradigme, ou bien qu’il faudrait le provoquer. Certains parlent des adeptes de la théorie du complot. Pour être moins caricatural, je parlerai de ceux qui tentent de démêler le faux du vrai, de trouver les ressorts cachés, quitte parfois à rejeter un peu trop sur l’élite l’ensemble des maux. Si le média ne parle pas de politique politicienne, en revanche, il ne cache pas une forme de militantisme idéologique.

Des questions mal formulées, hasardeuses et sans fil conducteur

Les questions posées le démontrent. Elles révèlent une opinion changeante dans le cours même de l’entretien, Sky laissant le sentiment qu’il se laisse convaincre facilement. C’est en réalité une preuve d’empathie, nécessaire à l’entretien pour mettre l’invité à l’aise, méthode largement éprouvée, pourtant contestée dans les médias mainstream. Quand il prétend être offensif et dérangeant, en réalité, il ne met aucunement son invité en défaut qui reste cependant surpris de l’incongruité de certaines questions : ces dernières sont parfois hors sujet, ou sans lien logique avec la question précédente, passant d’une question personnelle à une question posée par la communauté. Ce fonctionnement hasardeux qui nous rappelle les belles heures de Raphaël Mezrahi. A se demander parfois s’il ne le fait pas exprès. Sans le savoir, c’est ce manque de professionnalisme qui déroute les interviewés, non la perspicacité des questions.

III- Thinkerview, à la recherche d’une ligne éditoriale

Lire la suite >>>