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La communication scientifique peine toujours à vulgariser sans trahir, à rendre beau et vrai à la fois. L’Écriture digitale veut relever le défi.

Le grand public ignore tout de nos recherches ; il faut donc que les savants fassent de la publicité car leur science ne peut devenir populaire que par la vulgarisation”, disait Marcel Mauss en 1920 à propos des sciences anthropologiques.

Depuis ces années, la communication scientifique se cherche, entre le souci de rendre accessible ses découvertes et ne pas les galvauder. Les laboratoires, les revues, les chercheurs, qu’ils viennent des sciences naturelles, humaines, sociales, dures…, se trouvent confrontés à la réalité exigeante des mots, obligés de trouver ceux qui s’adressent à tous, tout en étant suffisamment précis pour ne pas trahir l’esprit de la recherche.

Les sciences, un contenu véritablement exigeant

Jusqu’à l’arrivée du web, la communauté des scientifiques faisait régulièrement état des erreurs journalistiques dès lors qu’ils transmettaient à la presse les résultats de leur recherche. Mais le travail de vulgarisation commence dès la rédaction du communiqué et du dossier de presse. Les scientifiques craignaient de perdre leur crédibilité en dénaturant l’essence même du propos scientifique, et donc de confier le résultat de leurs recherches à des journalistes.

Le conflit entre journalistes et scientifiques est récurrent, les premiers cherchant à donner des réponses simples et concrètes au plus large public, les seconds cherchant à complexifier en posant de nouvelles questions toujours plus stimulantes. De plus, chaque avancée scientifique est le fruit d’un travail élaboré en laboratoire qui possède sa propre méthodologie, sa propre théorie, souvent en opposition avec d’autres laboratoires. La communication scientifique est exigeante et la vulgarisation en est d’autant plus compliquée. Les enjeux sont importants, les sujets clivants, ce qui rend le contenu difficile à vulgariser. Il n’est donc pas étonnant qu’il soit difficile à transmettre.

Revues universitaires, laboratoires : pour une communication scientifique sur le web

Aujourd’hui, la communication scientifique a radicalement changé : les scientifiques n’ont plus lieu de ne pas être satisfaits par la mauvaise transmission de leur information, parce qu’ils possèdent leur propre média. Réseaux sociaux, site Internet, blog, newsletter, ils ont tous le loisir de s’adresser au public qu’ils souhaitent. Leurs moyens sont inédits. Ils ne sont plus perdus par les lignes éditoriales trop grand public. Ils peuvent capter un public intermédiaire facilement, grâce à un réseau d’influenceurs (comme des blogueurs passionnés) qu’ils trouvent grâce à une stratégie social media élaborée : recherche sémantique, appropriation des contributions diverses sur la toile, des vieilles publications jusqu’alors oubliés, renforcement de l’identité d’une revue universitaire… La communication scientifique sur le web permet d’étudier la réputation d’un laboratoire. Les scientifiques trouvent de nouveaux lecteurs autant qu’ils étendent leur réseau. Leur média a un pouvoir qu’ils ne soupçonnent pas. Un laboratoire a aujourd’hui ces formidables moyens pour se faire connaître. Les revues universitaires ne sont plus réservées à des cénacles. Mais ces laboratoires et ces revues sont loin de tous posséder leur média, plus loin encore de les animer.

Ce qui risque de changer aussi ce sont les habitudes de consommation des médias du grand public. La fragmentation des marchés accélérée par les autoroutes de l’information produira peut-être un tout nouveau type d’information scientifique !”, disait Marianne Kugler en 1995.

Car communiquer n’est pas la vocation des scientifiques. Ces derniers ont besoin eux aussi de communicants avertis qui soient de véritables vulgarisateurs sans trahir pour autant la promesse portée par les découvertes. Pour cela, ces communicants doivent avoir approché de près le travail scientifique pour en saisir la rigueur et ne pas le déformer au moment de la vulgarisation des propos. Tout réside dans le choix des mots, tâche d’autant plus compliquée quand il s’agit par exemple de tweeter. Sur les réseaux sociaux, ces communicants doivent opérer la bonne stratégie social-media, séparer le bon grain de l’ivraie, choisir la bonne communauté qui saura évangéliser les nouveaux savoirs.

Pierre-Emmanuel Mérand